Avez-vous déjà eu l’impression que vous pouviez parfaitement écouter cette réunion, mais que vous aviez absolument besoin de faire quelque chose de vos mains au risque de vous perdre dans vos pensées? Bouger, dessiner, quoi que ce soit, peu importe, parce que vous en avez réellement besoin. Pendant la pandémie de COVID, lorsque tout le monde a commencé à travailler à domicile pour la première fois, je me suis mise au tricot, car, croyez-moi, si je restais juste assise devant mon ordinateur, je m’endormais presque immédiatement. La même chose se produisait au bureau, mais pour y remédier il me fallait prendre des notes ou je commençais à penser à autre chose ; ou je me retrouvais indéniablement à lutter contre le sommeil pendant ces réunions que je ne dirigeais pas.

Avez-vous déjà eu l’impression de penser à trop de choses à la fois? Trop d’idées surgissant sur tant de sujets différents que votre cerveau ne parvient plus à les suivre.

 
Avez-vous déjà eu tellement de passe-temps qui sont devenus une obsession pendant un certain temps, puis ont été oubliés jusqu’à ce que vous les repreniez? Ou pas d’ailleurs.

Ou avez-vous déjà eu l’impression que les autres semblaient incapables de faire plusieurs choses à la fois, ou que vous deviez assumer plus de tâches parce que vous pouviez les accomplir simultanément avec autre chose, alors que les autres ne semblaient pas en être capables?

Ou avez-vous déjà vu quelqu’un faire cela? Si c’est le cas, bienvenue à La Neurodivergence pour les Nuls.

Oui, je l’ai dit. Que vous le sachiez ou non, que vous l’ayez observé ou non, qu’il s’agisse d’un TDAH, d’autisme, de dyslexie, peu importe, bienvenue à vous, amis du spectre. Et veuillez lire attentivement ces derniers mots, et souvenez-vous, j’ai bien dit «spectre». Imaginez donc une échelle dont l’autisme serait le degré le plus élevé. Fait amusant : en français, ces deux notions sont considérées comme deux échelles différentes. L’une pour l’autisme ou la neurodivergence, où les personnes nécessitent des aménagements particuliers, comme les personnes autistes ; l’autre pour les personnes neuroatypiques. En anglais, cette distinction n’existe pas, toutes les personnes neuroatypiques sont considérées comme neurodivergentes.

Alors, que signifie être neuroatypique ?

Pour faire court, cela décrit la manière dont vos processus neurologiques s’écartent de la norme statistique. En d’autres termes, les personnes neurotypiques pensent de manière séquentielle, une pensée après l’autre, une tâche après l’autre, tout se succède, toujours une chose à la fois. Vous terminez cette tâche, cette pensée, cette idée, et ce n’est qu’une fois que vous en avez terminé que vous passez à autre chose.

Les personnes neuroatypiques? Et bien, c’est une toute autre histoire. Imaginez une fractale ou les branches d’un arbre, par exemple. Quelqu’un vous dit quelque chose, et 3 à 5 idées différentes sans aucun rapport les unes avec les autres vous viennent à l’esprit. À partir de ces 3 à 5 idées différentes, 3 à 5 autres pensées encore diverses surgissent, et ainsi de suite, jusqu’à ce que tout cela finisse dans le chaos.

Pour moi, par exemple, ces pensées peuvent passer au second plan, et je finis par les oublier. D’autres pensées, en revanche, doivent être menées à terme, écrites, exprimées immédiatement. D’autres encore, j’aime dire qu’elles atteignent les portes de l’enfer. Elles surgissent, alors je sais que ce n’est pas le bon moment, alors je les refoule, mais elles résistent et restent là, m’épiant jusqu’à ce que je passe à l’action. Ou bien alors je les refoule inconsciemment, et ces pensées reviennent alors me hanter. Il peut s’agir simplement de réfléchir à des réponses à des attaques verbales ou à des remarques faites pendant une conversation; de me réveiller au milieu de la nuit le lendemain d’un examen avec la réponse que j’ai apparemment oubliée pendant ledit examen. Il peut s’agir d’une pensée ou d’une action qui me hante et me stresse jusqu’à ce que je passe enfin à l’action. Comme cette citrouille qui trône sur mon comptoir depuis deux mois, en attendant que mon ami passe pour que nous puissions faire des tartes à la citrouille. Il ne s’en rend pas compte, mais cela me stresse tellement de voir cette citrouille tous les jours que j’ai parfois envie de la jeter par la fenêtre.

Quoi qu’il en soit, voilà, je me perds dans mes pensées, je me perds dans leur expression.

D’ailleurs, on a remarqué que dans les tribus isolées, par exemple, les personnes neurodivergentes sont en fait mises sur un piédestal et finissent souvent par occuper des positions importantes telles que gourous, chamans, gardiens, car nos perceptions sont différentes de celles des autres et sont donc considérées comme plus sages, ou nous sommes considérés comme capables d’accéder à des dimensions qui nous sont inaccessibles, comme si nous étions plus proches des nuages, des dieux, des fantômes, d’autres dimensions. Parce que nous ressentons plus, nous percevons plus.

Une autre idée que j’ai entendue un jour dans un podcast, était la croyance selon laquelle la neurodivergence est l’évolution de notre cerveau, l’adaptation de l’Humain à passer d’un mode de vie de chasseurs-cueilleurs à des emplois sédentaires dans des secteurs technologiques où l’on nous en demande toujours plus.

Quoi qu’il en soit, rappelez-vous qu’il s’agit d’un spectre et que nous sommes probablement bien plus nombreux que ce que nous pensons être, mais nous ne sommes pas nécessairement diagnostiqués parce que cela ne nous a jamais dérangé, ou du moins pas officiellement. Personnellement, j’ai été diagnostiqué lors de tests de QI et d’aptitudes à l’âge de 7 ans pour prouver que j’avais les capacités de sauter une classe.

Il y a quelques années, en France, c’était à la mode d’avoir un enfant HPI (Haut Potentiel Intellectuel). “Oh, regardez-moi, j’ai un enfant surdoué.” Ne vous y trompez pas, si vous n’avez pas reçu de diagnostic, vous ne l’êtes pas. Vous pouvez avoir des soupçons, mais s’il vous plaît, ne lancez pas des mots aux gens parce que cela sonne bien. Car la réalité n’est pas aussi rose que vous pourriez le penser.

Enfant, on a l’impression de ne pas être à sa place et de ne jamais l’être, on ne comprend pas forcément les codes sociaux. Honnêtement, cela ne change pas beaucoup à l’âge adulte. Si cela ne correspond pas à votre logique, vous ne comprendrez tout simplement pas, quels que soient vos efforts. Et c’est tellement difficile de faire quelque chose qui n’a tout simplement pas de sens pour vous! Pourquoi les gens mentent-ils, sachant que cela mènera indéniablement à des problèmes, des disputes, des soucis? Je ne comprends pas. Pourquoi les gens disent-ils qu’ils feront quelque chose et ne le font pas ensuite? Cela dépasse mon entendement, je ne comprends pas. Si vous dites que vous allez faire quelque chose, faites-le, tout simplement.

Des études ont prouvé que les personnes neurodivergentes sont plus sensibles que les autres aux odeurs, au goût, au toucher, à l’ouïe, aux sentiments, aux émotions, aux énergies. J’ai mal à la tête si une odeur est trop forte, ma petite sœur est malade s’il y a des odeurs dans la voiture, même l’odeur du lave-vitre la rend malade. De cette hypersensibilité, on remarque aussi que les neurodivergents sont également plus sujets à la dépression et aux troubles mentaux.

Nous avons besoin d’une base solide, d’une routine bien établie, mais nous avons aussi besoin de changement et de nouvelles expériences en permanence. Et notre cerveau semble ne jamais s’arrêter. J’ai traversé des périodes où j’avais l’impression que mon cerveau était tel un ordinateur en surchauffe, avec tellement de pensées en même temps que je voulais juste le débrancher, le briser. Mais devinez quoi ? Ce n’est pas possible.

Quoi qu’il en soit, quand vous savez comment travailler avec votre neurodivergence ou celle de vos collègues, cela vous ouvre les portes vers tant de choses merveilleuses. Les innovations que vous vouliez ? Vous les avez ! La productivité et l’efficacité que vous recherchiez ? Devinez qui peut être merveilleusement multitâches et très performants ? C’est du pain béni ! À condition que vous sachiez en tirer le meilleur parti, cela dit. Tant que vous savez comment cela fonctionne et que vous vous en accommodez, vous travaillez avec, plutôt que contre. Optez pour des méthodes non conventionnelles et laissez-vous surprendre.

Mais attention, si vous ne créez pas les conditions adéquates, les neurodivergents seront les premiers à passer par-dessus bord. N’oubliez pas que nous ressentons davantage, que nous le comprenons ou non, que nous percevons davantage et que nous serons les premiers signaux d’alarme d’un processus ou d’un environnement de travail dysfonctionnel.

Il est bon de savoir que même si les personnes neurodivergentes ont tendance à se retrouver entre elles, il est possible de cohabiter. Mon père est neurotypique, ma mère neurodivergente. Et devinez quoi ? Ma sœur aînée est neurotypique, tandis que ma petite sœur et moi sommes neurodivergentes. Ma sœur aînée ne peut pas, par exemple, parler au téléphone et étendre le linge en même temps. Quand je suis au téléphone avec ma mère ? Nous faisons toutes les deux le ménage, la cuisine, un puzzle, nous écrivons différentes pensées en même temps, nous passons d’un sujet à l’autre sans aucun lien ni aucune transition, sans le moindre problème. En revanche, le compagnon de ma sœur aînée est neurodivergent. Elle ne pouvait pas y échapper, elle s’y sentait comme chez elle. Et elle sait comment contourner cette différence, comment en tirer le meilleur parti. Mais ne vous y trompez pas, elle sait parfaitement aussi en tirer le pire. Je veux dire, que serait la vie sans un peu de drame, n’est-ce pas ?

Alors, vous ai-je perdu dans ce méli-mélo de pensées sans connexions évidentes?

Bienvenue dans le cerveau d’une neurodivergente.

Que cela vous semble familier ou purement chaotique, si vous voulez en savoir plus, bienvenue dans
les Chroniques d’une Neurodivergente.

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