Fév 2026
Vous êtes vous déjà perdus en vous même?
Ecrire cette question me donne un mal de crâne. Mais restez avec moi.
Les meilleurs exemples qui me viennent à l’esprit sont tirés de mes expatriations. Pour moi, aller vivre à l’étranger équivaut à boire, vivre et manger la culture locale, s’en imprégner autant que possible, s’intégrer du mieux que je le peux.
Mais voilà, un jour alors que je vivais en Italie depuis plus de 2 ans, que je vivais en colocation avec des Italiens, que je passais mes journées à parler, écrire et étudier en Italien, je me retrouve au marché en bas de chez moi accompagné de ma colocataire, Piémontaise née. C’est alors que mon esprit décide de me faire défaut et d’oublier les mots “tortellini” et “bouillon” en Italien. Souhaitant acheter des Tortellini, je me retrouve ainsi tant bien que mal à décrire à ma colocataire dans un Italien sans accent et presque parfait, SA langue natale, les espèces de petits raviolis qui se mangent généralement dans le jus, beaucoup de jus. Avez-vous déjà argumenté de gastronomie italienne avec un ou une locale? Un petit conseil, ne le faites pas. Parce que voyez-vous les raviolis ne se mangent PAS dans le jus en Italie, c’est faire affront à toute leur culture ! Ma colocataire commence donc à s’énerver en m’indiquant que jamais, au grand JAMAIS elle ne m’aurait fait manger ça et que je débite un ramassis d’ordures absolument aberrant. Sauf que voilà, je sais avec CERTITUDE qu’on en avait mangé le mois précédent et je me rends parfaitement compte aussi que le vocabulaire me manque soudainement. Comble de la chose, une petite mamie de passage décide de s’arrêter et de joindre ses forces à celles de ma colocataire parce que je ne dois absolument JAMAIS mener une telle expérience et cuisiner ce plat blasphématoire. Sauf que l’information cruciale qui échappait à cette nouvelle interlocutrice ou persécutrice est que l’Italien est ma 3eme langue. Bref, ce jour là, énervée, épuisée, dépitée, et en minorité, j’ai abandonné toute plaidoirie et je suis rentrée sans mes Tortellini.
Tout ça pour dire que je m’étais tellement bien intégrée que je leur avais fait oublié que je n’avais pas grandi en Italie, n’étais pas italienne, que je ne connaissais pas tout de l’Italie, et que l’Italien était loin d’être ma langue natale, le vocabulaire me faisant parfois défaut. Pire que ça, moi aussi je semblais l’avoir oublié. Et il m’a fallu une altercation publique au marché pour m’en rappeler.
Aussi merveilleuse l’expatriation soit-elle, on peut en oublier qui on est une fois bien intégré. C’est également le cas dans nos équipes. C’est un point clé à ne pas oublier. Nous avons tous des expériences différentes, des origines différentes, des chemins de vie différents, et donc d’autant de points de vue, d’idées et de réflexions différentes. Mais c’est cela justement qui fait notre force, la force de chacun, et la force décuplée d’une équipe.
Donc ne vous oubliez pas, ne vous taisez pas, n’abandonnez pas et faites entendre votre voix, vos idées, vos inquiétudes et convictions. Et si vous n’y arrivez pas, trouvez des moyens imagés de décrire vos propos.
Mais ne parlez peut être pas de gastronomie italienne aux Italiens. C’est une leçon bien apprise et acquise pour moi aujourd’hui.
