Connaissez-vous le problème des gens compétents?
Voyez-vous j’ai grandi dans l’idée qu’il fallait toujours donner le meilleur de nous-même, ou du moins un peu plus que ce qu’on nous demandait.
Si mes parents voulaient que j’ai 14 de moyenne générale, je me débrouillais pour avoir au moins 14,5/20. Si on attend de moi de récolter le travail des équipes, je le récolte, et aussi préciser quels sont les problèmes, les retards et ce qu’on pourrait potentiellement améliorer pour une meilleure efficacité.
Jusqu’au jour où je me suis rendue compte que les gens qui excellaient se retrouvaient avec plus de travail et plus de responsabilités quand ceux qui avaient du mal s’en échappaient avec le strict minimum demandé. Le tout généralement pour le même salaire.
C’est à ce moment là que ma mère m’introduit au concept du “problème des gens compétents”. Plus on est performant et efficace dans nos tâches, plus on a de temps, et pour ne pas s’ennuyer, quoi de plus naturel que de s’occuper. Ou encore, plus on est performants et répondants, plus les gens s’adresseront à nous pour une réponse claire et rapide, et plus on aura de distractions de notre travail actuel. Et plus on devient bons, plus on se retrouve avec de responsabilités alors que le descriptif de notre rôle reste inchangé.
Alors certes, il faut de tout pour faire un monde, je l’entends tout à fait. Mais pour moi se pose alors la question : Qu’advient-il de ces gens performants au moment où ça en devient trop? Le jour où ils ont une journée sans, un problème peut-être non relié, le jour où ils ne peuvent pas encaisser cette charge supplémentaire?
Comment trouver un équilibre entre surcharge et ennui? Comment trouver un bon équilibre pour que ces gens là ne démissionnent pas à répétition, ne laissant sur le plancher que les gens moins compétents?
Parce que la limite entre les deux est fine. Comment ne pas être efficace au point de s’ennuyer, mais comment être reconnu pour ses efforts ? Comment garder du temps de notre efficacité pour notre sérénité, mais comment ne pas avoir les envieux utiliser ce temps libre comme munition ou punition?
Malheureusement, je n’ai pas encore de réponse à cette question. D’un côté mon cerveau ne me permet pas d’avoir moins qu’une bonne éthique de travail. De l’autre j’en ai assez de travailler et dépenser tous mes efforts dans le vent. Plus important encore, j’aimerai comprendre. Ce concept du temps est de l’argent, mais un agent performant s’en retrouverait moins payé que quelqu’un a qui ça prendrait du temps. Pourquoi associer la qualité au concept du temps? Si un travail bien fait me prend 10 minutes pour ce qu’en moyenne les gens prennent 1 heure, ca n’implique pas que mon travail est bâclé. Mais ça ne devrait pas être normal non plus de me payer seulement 10 minutes quand vous payez les autres 1h. Et pourtant ça vous révolterait de me payer 1h pour 10 minutes de travail.
C’est ce que l’Agilité mal implémentée fait. Elle associe le temps passé ou estimé à une échelle financière, et c’est là que tout commence à basculer. Mais encore une fois, comment pourrait-on faire autrement ? On ne peut pas retourner une société fondée sur des principes financiers pour pouvoir travailler réellement en Agilité. Et c’est la raison pour laquelle l’agilité meurt aujourd’hui, petit à petit. Ce qui est né de 4 développeurs est devenu aujourd’hui trop commercialisé. Les principes oubliés. Vous rappelez vous du premier principe de l’Agilité ?
“Les interactions humaines sont plus important que les processus”
Aaaah le problème des gens compétents.
Et si on demandait à l’IA de résoudre ce casse-tête pour nous?
“Les gens compétents peuvent devenir des goulots d'étranglement (tout le monde veut leur déléguer du travail) ”
me dit Claude. Super, en voilà une perspective motivante, pas du tout déprimante.
“Parce que le problème des gens compétents est en réalité : un problème de design organisationnel. Pas un problème individuel”
m’annoncent Claude et ChatGPT. Mais aucune solution pratique pour y remédier.
En tout cas, les deux me conseillent la même chose, écrire un article sur le sujet. Quelle perspicacité ! Un peu tard pourtant, j’en suis déjà à la conclusion.
Car enfin mes racines françaises se sont réveillées, et m’indiquent qu’il est temps de se révolter. A petite échelle, le temps d’impacter vos équipes. Battez vous pour que cette expertise, cette efficacité soit reconnue, valorisée. Que vos gens compétents ne deviennent pas des goulots d’étranglement mais des gens célébrés pour leur capacités. Enseignez-leur l’art de se promouvoir. Faites du mieux avec ce que vous avez, soutenez-les du mieux que vous pouvez, soyez la lueur qui les guide, mais surtout sans vous brûler ou sans les brûler.
