J’ai une blessure. Pas un point de côté, pas un genou que l’on peut remplacer, pas une chute qui pourrait paralyser. Non, si la moindre chose se passe mal, j’arrête de respirer. À chaque sortie à vélo, chaque entrainement, chaque aventure, dès que je commence à mal respirer me vient comme seule pensée :
Est-ce que cette sortie vaut ma vie?
Cette blessure est aussi mentale que physique, aussi profonde qu’invisible.
Je choisis cette douleur quand même. Je préfère sa compagnie à celle de l’ennui.
Elle l’emporte chaque fois face à l’ennui.
Tout ça pour dire que, comme pour beaucoup, neurodivergents ou non, l’ennui est mon pire ennemi.
Alors imaginez le, vous tuer a petit feu. Imperceptiblement vous tombez dans le panneau aussi lentement et rapidement que l’on tombe amoureux.
Au départ c’est relaxant, ça fait du bien d’avoir un peu de temps libre au travail quand tout dans cette société roule à fond. Et puis on se dit, tient quitte à avoir du temps libre, autant s’occuper, si rien ne vient au travail, créons des initiatives. Vous y mettez toute votre énergie, votre passion et motivation retrouvées. Finalement, ces initiatives très souvent sont oubliées, balayées sous le tapis. Pas assez de temps pour les autres, de fonds ou d’énergie. Progressivement on se dit à quoi bon créer des initiatives qui vont dans le vent? Toujours pas de travail supplémentaire qui vous est assigné. Les demandes se multiplient et petit à petit vous comprenez que votre réelle utilité, votre potentiel entier ne sera pas utilisé.
Non, pas de stimuli aujourd’hui, pas de défi ce mois ci, pas de nouveauté non plus cette année.
Puis un beau jour vous levez la tête et vous réalisez que le néant s’est installé. Votre motivation s’est envolée, vos tâches récurrentes: vous les oubliez, vous procrastinez, inconsciemment, mais sûrement. Le sens du travail et votre éthique se sont évaporés, disparus peut être à tout jamais. Vous perdez espoir, vous perdez confiance dans le système.
Alors vous simulez, pour vous maintenir occupé. Mais plus vous attendez, plus vous relevez la tête pour seulement observer à quel point vous continuez de vous enfoncer. Il semble alors impossible de sortir de ce trou si profondément creusé. Vous voilà en plein Bore-out. On entend beaucoup parlé du Burn-out, et pourtant il existe aussi son extrême opposé, ce trou dans lequel vous vous trouvez. Cet ennui, cette profonde fatigue, ce désengagement, cette perte d’estime de soi, cette honte et cette procrastination qui vous accompagnent aujourd’hui. Ces nouveaux compagnons indésirables qui s’installent sans invitation, vous rongent de l’intérieur et volent vos nuits en vous maintenant éveillé.
Et puis un jour revient cet élan d’énergie, ce coup de gueule, ce ras le bol, ou cette opportunité qui, de nulle part, est née. Et là doucement vous vous relevez. Dans la même entreprise ou pas, avec la même équipe ou pas, la même éthique ou pas. Une chose est certaine vous êtes maintenant tel un phénix renaît de ses cendres.
Comme quoi il suffit d’une échelle, si petite soit elle pour vous redonner vitalité. Que ce soit une main tendue, un soutien apporté, une opportunité tombée à pic pour vous relancer, vous relever.
D’où l’importance de connaître vos équipes, de réellement leur parler, de détecter les changements à peine démontrés. Observer, écouter, communiquer, aider. C’est là le cœur du plus beau métier.
Celui d’être humain né.
