Voilà un moment que je n’ai pas posté.

Pas parce que je manquais d’inspiration ou d’idées, mais peut-être parce que pour la première fois, je me sentais professionnellement coincée.

Il y a quelques mois, on m’a confié une mission particulière : concevoir l’outil qui, un jour, pourrait me remplacer. Un skill IA pensé pour endosser le rôle de Scrum Master auprès des équipes.

Avez-vous déjà eu ce sentiment étrange de devoir justifier votre place face à la technologie ?

Vous êtes-vous déjà confronté à la réalité que votre organisation ne sait pas ce qu’un ou une Scrum Master fait, ne connaît rien du métier que vous exercez chez eux depuis des années ?
De là, petit à petit, une idée est née. Et si en réalité l’IA ne nous transformait pas ? Et si elle révélait enfin qui on est. Que ce soit collectivement ou individuellement, et si elle mettait en valeur nos craintes, nos peurs et nos forces. Et si, au fond, elle ne faisait que nous montrer notre propre reflet ?

Bref, assez de philosophie, plus de concret.

Alors je me suis posé une question plus simple : quels sont les comportements types que j’ai rencontrés face à l’IA ? Immédiatement, trois me viennent à l’esprit.

1. Celui ou celle qui refuse catégoriquement d'y toucher

Vous savez, cette personne têtue qui vous affirme qu’il ou elle n’a en aucun cas besoin de l’IA pour penser, qu’il ou elle est trop vieux ou vieille pour ça, qu’il ou elle ne comprend pas, qu’il ou elle ne veut pas être remplacé et donc refuse de l’utiliser. Cette personne terrifiée par ce que le futur promet, cette personne qui coûte que coûte essaye de repousser l’échéance, celle qui s’impose et résiste au changement.

2. Celui ou celle qui ne vit et ne jure que par l'Intelligence Artificielle

Celui ou celle qui, jour après jour, développe une dépendance cognitive face à l’IA. Son réflexe devient de la solliciter. D’abord pour comprendre ou apprendre, puis elle finit par s’y perdre. Celui ou celle qui se tourne vers l’IA pour régler ses problèmes, apaiser ses angoisses, rassurer ses insécurités, pour l’aider à mieux vivre, mieux manger. Et voilà qu’un beau matin, cette personne veut de l’IA partout, voit de l’IA partout. Et petit à petit, prompt après prompt, son jugement s’atrophie.

3. Enfin je pense à celui ou celle qui a le partage généreux

Celui ou celle qui a développé l’outil, qui a suivi son idée, qui en a observé les limitations autant que les opportunités et les a partagées avec les autres. Celui ou celle qui a créé un skill pour aider les autres, pour retirer les tâches manuelles et ennuyantes que personne ne veut toucher. Celui ou celle qui réalise qu’apprendre ensemble, en équipe, a plus de valeur qu’avoir une longueur d’avance individuelle.

Ça vous paraît familier ?

À moi, oui, parce que pour tout vous dire, je suis les trois. D’abord la première, parce que j’étais terrifiée face à l’idée d’être remplacée par l’IA. La deuxième, pour cesser d’avoir peur de tous les cauchemars que je faisais : je demandais alors à ChatGPT de me les interpréter pour les dédramatiser et me rassurer. La troisième ensuite, parce qu’on m’a tellement aidée avec l’IA que j’ai voulu suivre cet exemple, j’ai voulu que l’entraide devienne la norme plutôt que l’exception. Et en tant que RTE, je voulais aider à enlever le maximum d’admin manuel que tout le monde détestait ou oubliait.

Petit à petit, alors que cette idée que notre comportement face à l’IA reflétait qui on est faisait son chemin, j’ai réalisé mes propres comportements. J’ai développé un questionnement. J’ai établi des réflexes à adopter.

Et donc oui, si vous vous posez la question : il y a quelques semaines, après avoir développé le skill IA pour automatiser un nombre de tâches dont j’avais la responsabilité, j’ai perdu le poste de Scrum Master et RTE que j’avais. En pleine vague de licenciement, on m’a annoncé que le budget ne permettait pas de me garder.

Mais vous savez quoi ?
Aujourd’hui j’ai un nouveau poste de Scrum Master senior dans une institution financière, et plus précisément dans leur département spécialisé … dans l’IA!

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